Le rêve d'une cité futuriste en plein cœur du Sénégal s'évanouit peu à peu dans les sables de Mbodième. Annoncé en grande pompe en 2020, le projet Akon City devait incarner une nouvelle ère pour l'Afrique, mêlant innovation technologique, énergies renouvelables et cryptomonnaie. Pourtant, cinq ans après son lancement, le chantier reste au point mort, transformant ce qui devait être un Wakanda réel en un symbole de promesses non tenues et de controverses financières.
Les fondations d'un rêve africain : La genèse d'Akon City
Une vision technologique portée par une star internationale
Lorsque le chanteur Akon a dévoilé son projet de ville futuriste au Sénégal, l'enthousiasme a rapidement gagné les médias internationaux et le web. L'idée était audacieuse : bâtir une cité écologique et high-tech sur un terrain de huit cents hectares, à une centaine de kilomètres au sud de Dakar. Les premières images de synthèse présentaient des gratte-ciels élégants, des infrastructures alimentées par des panneaux solaires et un cadre de vie digne des films de science-fiction. Le projet devait s'étendre sur cent trente-six hectares dans un premier temps, avant de conquérir davantage d'espace pour accueillir résidents, entreprises et visiteurs.
Akon City ambitionnait de devenir un modèle de développement durable en Afrique, attirant des clients et des investisseurs du monde entier. Le projet reposait sur un investissement colossal estimé à six milliards de dollars, une somme qui devait permettre de financer des infrastructures modernes, des logements, des centres d'affaires et des espaces de loisirs. L'objectif affiché était de créer un écosystème économique autonome, capable de rivaliser avec les grandes métropoles africaines et de redynamiser la région de Mbodième.
Les ambitions énergétiques et économiques du projet sénégalais
Le projet ne se contentait pas de promettre des bâtiments futuristes. Il affichait également des ambitions énergétiques fortes, en misant sur les énergies renouvelables pour alimenter l'ensemble de la ville. Les panneaux solaires devaient constituer l'épine dorsale de l'approvisionnement énergétique, garantissant une autonomie et une réduction de l'empreinte carbone. Cette dimension écologique était essentielle pour séduire les entreprises soucieuses de leur responsabilité environnementale et pour attirer une clientèle internationale sensible aux enjeux climatiques.
Sur le plan économique, Akon City visait à créer des milliers d'emplois et à stimuler l'activité locale. L'arrivée d'entreprises technologiques, de centres de recherche et de services aux consommateurs modernes devait transformer la région en un pôle d'innovation africain. Le projet devait aussi bénéficier d'un cadre juridique favorable, avec des incitations fiscales et des facilités administratives pour les investisseurs. Cependant, dès les premières années, les retards se sont accumulés et les doutes ont commencé à s'installer quant à la capacité réelle de concrétiser cette vision ambitieuse.
L'Akoin et la blockchain : Quand la cryptomonnaie s'invite dans l'urbanisme
Le rôle de la monnaie virtuelle dans l'écosystème d'Akon City
L'un des aspects les plus innovants du projet résidait dans l'introduction de l'Akoin, une cryptomonnaie spécialement conçue pour faciliter les transactions au sein de la future ville. Lancée en septembre deux mille vingt et un à un prix de zéro virgule vingt-six euro, cette monnaie virtuelle devait permettre aux résidents et aux visiteurs de payer leurs achats, leurs services et même leurs logements en utilisant la technologie blockchain. L'idée était de créer un système de paiement moderne, transparent et sécurisé, en phase avec les tendances mondiales de la digitalisation financière.
L'Akoin devait également jouer un rôle clé dans le financement du projet. Le crowdfunding basé sur cette cryptomonnaie devait attirer des investisseurs du monde entier, désireux de participer à la construction d'une ville du futur. Cependant, la réalité s'est vite révélée bien plus complexe. La valeur de l'Akoin a chuté de manière spectaculaire, passant de zéro virgule vingt-six euro à zéro virgule zéro un livre sterling, minant la confiance des investisseurs et compromettant gravement le modèle économique imaginé. Cette chute a eu des répercussions directes sur la capacité du projet à lever les fonds nécessaires pour poursuivre les travaux.
Les promesses de transformation économique pour le Sénégal
Au-delà de la dimension technologique, Akon City promettait une transformation économique profonde pour le Sénégal. Le projet devait attirer des entreprises internationales, stimuler le tourisme et renforcer l'attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers. Les autorités sénégalaises, à travers la société d'aménagement SAPCO, avaient mis à disposition cent trente-six hectares de terres, espérant que cette initiative serait le catalyseur d'un développement régional durable.
Les retombées économiques attendues étaient considérables : création d'emplois, développement d'infrastructures, augmentation des recettes fiscales et dynamisation du secteur immobilier. Pourtant, les paiements d'Akon à la SAPCO se sont révélés irréguliers, alimentant les inquiétudes quant à la solidité financière du projet. La promesse d'une transformation économique s'est ainsi heurtée à la réalité d'un financement insuffisant et d'une gestion opaque, laissant les autorités sénégalaises face à un dilemme : continuer à soutenir un projet incertain ou reprendre les terres pour les consacrer à des initiatives plus viables.
Entre stagnation et controverses : Les obstacles qui freinent la réalisation

Les interrogations des parlementaires sénégalais sur la transparence financière
Le manque de transparence financière autour d'Akon City a rapidement suscité des interrogations au sein de l'Assemblée nationale sénégalaise. En février deux mille vingt-trois, le député Bara Gaye a qualifié le projet de scandale, pointant du doigt l'absence de résultats concrets malgré les années écoulées depuis l'annonce initiale. Sur le terrain, seuls quelques bâtiments modestes ont vu le jour : une maison de la jeunesse, un terrain de basket et un centre d'information, bien loin des gratte-ciels et des infrastructures modernes promises.
Les parlementaires ont également soulevé des préoccupations concernant le budget alloué au projet et l'utilisation des fonds publics. Un audit réalisé par les nouvelles autorités a révélé que l'ancien gouvernement avait contracté sept milliards de dollars de prêts non déclarés, une dette cachée qui a conduit le Fonds Monétaire International à geler un milliard huit cent millions de dollars de financement destiné au pays. Cette situation a compliqué davantage la réalisation d'Akon City, en réduisant la marge de manœuvre financière des autorités sénégalaises et en renforçant les appels à une reddition de comptes claire et transparente.
Face à ces difficultés, le gouvernement sénégalais a mis en demeure les porteurs du projet, exigeant le démarrage effectif des travaux sous peine de récupérer les terres cédées. Akon, attendu à Dakar pour rassurer ses partenaires, a vu sa crédibilité mise à mal par l'inactivité quasi totale de l'Akoin et par la redirection du site web du projet vers son site personnel, signe d'un désengagement progressif. Seuls huit hectares ont finalement été conservés par le chanteur sur les cinq cents initialement prévus, un symbole du décalage entre les ambitions affichées et la réalité du terrain.
Comparaison avec Neom : Quand les mégaprojets urbains peinent à se concrétiser
Akon City n'est pas un cas isolé dans le paysage des mégaprojets urbains futuristes. Des observateurs ont rapidement établi des parallèles avec Neom, le projet pharaonique d'une ville du futur en Arabie Saoudite, lui aussi confronté à des défis considérables en termes de financement, de faisabilité technique et de délais. Ces deux projets partagent une vision ambitieuse de l'urbanisme de demain, mais ils illustrent également les risques inhérents aux initiatives de cette envergure, notamment lorsque les promesses marketing dépassent les capacités réelles de financement et de réalisation.
La comparaison révèle un problème plus large : celui de la crédibilité des grands projets d'innovation en Afrique et dans le monde. Si les annonces spectaculaires attirent l'attention des médias et des investisseurs, la concrétisation de ces visions nécessite une planification rigoureuse, une transparence financière totale et un engagement à long terme. Dans le cas d'Akon City, le manque de financement a conduit à l'arrêt quasi total des travaux, laissant un site quasiment vide après cinq ans d'existence officielle. Seul un bloc de béton solitaire témoigne aujourd'hui de l'ambition initiale.
Pour tenter de sauver le projet, les autorités sénégalaises et Akon discutent désormais d'un nouveau projet de développement plus réaliste pour le site de Mbodième. Ce projet, qui inclurait des hôtels, des appartements de tourisme et un port de plaisance, semble mieux adapté aux réalités économiques et financières du pays. L'organisation des Jeux olympiques de la jeunesse en deux mille vingt-six au Sénégal augmente la valeur stratégique du terrain, offrant une nouvelle opportunité de développement régional. Cependant, l'échec initial d'Akon City reste une leçon importante sur les limites des projets utopiques et sur l'importance d'une gestion rigoureuse et transparente pour transformer les rêves en réalité.





